Quand l’immunité devient impunité : stop à la protection des fautes

Article : Quand l’immunité devient impunité : stop à la protection des fautes
Crédit: Pavel Danilyuk / Pexels
16 avril 2025

Quand l’immunité devient impunité : stop à la protection des fautes

Alors que le Sénégal retient son souffle face à une possible poursuite judiciaire contre un ancien président, le reste de l’Afrique observe. Une dette cachée de 7 milliards de dollars révélée par la Cour des comptes, un député qui saisit le Parlement pour haute trahison.

7 milliards de dollars, ce n’est pas rien : c’est de l’argent qui aurait pu servir à améliorer l’éducation, la santé, les infrastructures… Le peuple a le droit de savoir où est passé cet argent et pourquoi il a été caché.

Au Bénin, nous avons connu, comme tant d’autres nations africaines, des affaires tues, des scandales classés, des silences qui coûtent cher. Mais il y a un verrou : l’immunité. Présidentielle ou parlementaire, elle a trop souvent été utilisée comme un bouclier contre la justice, au lieu d’être une simple protection temporaire dans l’exercice des fonctions.

L’immunité ne doit pas être synonyme d’impunité. Il est inacceptable qu’un dirigeant, quel qu’il soit, puisse agir en toute liberté, sans rendre de comptes, tout simplement parce qu’il bénéficie d’une protection juridique excessive. Ce qui devrait être une protection temporaire et circonstanciée est devenu un parapluie permanent permettant à certains de se soustraire à leurs responsabilités, quel que soit le dommage causé.

À quoi sert une immunité qui protège le crime d’État ?

La phrase « Nul n’est au-dessus de la loi » est l’une des expressions les plus fortes de la démocratie moderne. Elle signifie que toute personne, quelle que soit sa position, doit être jugée selon les mêmes règles, sans privilège ni exception.

Espérons-le ! Si cette affaire au Sénégal va réellement jusqu’au bout, ce serait un tournant majeur pour la démocratie et la lutte contre l’impunité en Afrique. Ça montrerait que les institutions fonctionnent et que le Parlement, la Cour des comptes et la justice peuvent jouer pleinement leur rôle, même face à un ancien chef d’État. Et au-delà du cas personnel, ça pourrait aussi servir de leçon à ceux qui sont au pouvoir actuellement : gouverner, ce n’est pas régner. C’est rendre des comptes au peuple. Il est temps de réformer, voire d’abroger ces textes qui transforment la République en une forteresse d’impunités. Il est temps que tout responsable public sache que le mandat ne confère aucun droit au mépris des lois et de l’éthique.

À nos parlementaires maintenant de ne plus se cacher derrière l’immunité, mais d’en finir avec l’impunité.

Mawutondji Gérard GODONOU

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