Panique sur WhatsApp : le faux message d’un “chef de brigade” affole les Béninois

18 avril 2025

Panique sur WhatsApp : le faux message d’un “chef de brigade” affole les Béninois

Ce jeudi 17 avril, le Bénin a connu une nouvelle alerte liée à la désinformation. Un message diffusé sur les réseaux sociaux, attribué à un faux chef de brigade nommé Léonard AGUIAR, prétendait que des “divorcés sociaux” seraient éliminés par une unité spéciale fictive. Des propos invérifiables, mais suffisamment sensationnels pour semer la panique.

Le matin du 17 avril, en direction du domicile d’un proche, je monte sur un zemidjan (taxi-moto). La conversation démarre naturellement, jusqu’à ce que le conducteur lâche : « Patron, vous avez vu ce que la police veut faire ? Les divorcés sociaux là, ils vont les abattre un à un. » Surpris, je lui demande d’où vient cette information. « Sur WhatsApp. Et même mon frère à Bohicon m’a envoyé ça. C’est sérieux hein, c’est un chef qui a parlé », me répond-il, convaincu. À peine arrivé, je tombe sur un groupe de jeunes, attablés sous un manguier. Le débat fait rage. Certains évoquent un « plan secret de la police », d’autres se réjouissent de la nouvelle. Un jeune, téléphone en main, montre fièrement le message, relayé dans une dizaine de groupes. Aucun ne doute de son authenticité. Dans la foulée, la Police républicaine publie un communiqué officiel : « La personne se présentant sous le nom de Léonard AGUIAR n’est pas un agent de la Police. La brigade mentionnée n’existe pas. Ces propos sont faux et visent à semer la psychose. » Mais la réponse officielle peine à éteindre l’incendie. Dans les quartiers, les marchés ou les taxis, le mal est déjà fait. Les réseaux sociaux ont une fois de plus joué leur rôle de caisse de résonance.

WhatsApp, Facebook : des armes à double tranchant

Les plateformes comme WhatsApp et Facebook deviennent des accélérateurs d’angoisse. Le message, construit comme un communiqué officiel, cite des noms et des grades, donnant une illusion de véracité. Pour Charline A., enseignante à Akpakpa : « C’est choquant que des gens se laissent manipuler aussi facilement. Mais ce n’est pas la première fois. En 2023, on avait eu des messages disant que les vaccins étaient du poison. Beaucoup avaient peur. » La sociologue Dr Délphine Houngnibo analyse : “Le langage alarmiste provoque une réaction émotionnelle. Même sans preuve, le cerveau réagit à la peur. Plus un message choque, plus il circule. Les réseaux sociaux exploitent cela.”

Ce cas montre combien les réseaux sociaux, s’ils permettent une large diffusion d’informations, peuvent aussi devenir des armes à double tranchant. En l’absence de vérification, une simple publication peut provoquer une crise sociale, miner la confiance et installer la peur.

Une enquête ouverte, le faussaire recherché

La Direction Générale de la Police républicaine a ouvert une enquête pour usurpation de titre, diffusion de fausses nouvelles et trouble à l’ordre public. L’auteur présumé du message est activement recherché.

La loi n°2015-07 portant code de l’information et de la communication prévoit des sanctions pénales pour toute diffusion de fausses nouvelles de mauvaise foi ayant troublé l’ordre public. Son article 266 est explicite : « La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de fausses nouvelles, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, sera punie d’un emprisonnement de six (06) mois à trois (03) ans et/ou d’une amende de cinq cent mille (500 000) francs à deux millions (2 000 000) de francs CFA. »

La Police rappelle qu’elle reste fidèle aux principes républicains, et invite les citoyens à la vigilance numérique et à signaler tout contenu douteux.

Recommandations citoyennes :

Avant de croire, vérifiez. Avant de partager, réfléchissez. Le numérique donne une voix à tous. À nous d’en faire bon usage.

ℹ️FICHE PRATIQUE : Comment vérifier une info audio sur WhatsApp ?

Avant de paniquer ou de partager un message vocal, prenez ces précautions simples :

  1. Qui parle ?
    La voix donne-t-elle un nom ? Une fonction claire ? Une source identifiable ?
    → Si c’est flou, restez méfiant.

  2. Ton alarmiste = alerte rouge !
    Des mots comme “ils vont tuer”, “abattre”, “urgent”, visent à choquer et désinformer.

  3. Vérifiez sur les sources officielles :
    Pages Facebook ou X (Twitter) de la Police républicaine, du gouvernement, ou de médias comme ORTB, RFI, 24h au Bénin.

  4. Demandez dans vos groupes sérieux :
    Quelqu’un a-t-il vérifié l’info ? A-t-il une preuve fiable ?

  5. Attendez avant de relayer :
    Un message douteux peut faire plus de mal que de bien. Prenez le temps.

  6. Consultez les outils de fact-checking :
    Africa Check, Désinfox Africa, Bénin Check. Ce sont des alliés précieux contre la rumeur.
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