OGM et semences locales au Bénin : entre menaces sur la biodiversité et promesse de rentabilité
Le Bénin, pays d’Afrique de l’Ouest riche d’une biodiversité exceptionnelle, voit ses semences locales de plus en plus menacées par l’expansion des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM). Derrière la promesse de rendements agricoles accrus, se cache une réalité bien plus préoccupante : l’appauvrissement génétique, la dépendance des paysans à des semences industrielles, et les dangers pour la santé humaine et l’environnement.

Au Bénin, l’agriculture repose largement sur l’utilisation de semences locales adaptées aux conditions climatiques, aux savoirs paysans et aux pratiques culturales ancestrales. Pourtant, face à la pression de certaines multinationales et à la montée en puissance des biotechnologies, ces semences traditionnelles sont de plus en plus remplacées par des OGM.
Les OGM : une menace silencieuse pour les semences traditionnelles
La faune et la flore béninoises, concentrées en grande partie dans les aires protégées, sont déjà fragilisées par la déforestation et les pressions humaines. L’introduction massive d’OGM constitue une menace supplémentaire. Ces semences génétiquement modifiées, souvent brevetées, imposent aux agriculteurs des cycles de production coûteux et contraignants : impossibilité de ressemer les graines d’une saison à l’autre, achat de produits phytosanitaires associés, perte de souveraineté semencière. À cela s’ajoutent les risques environnementaux, notamment la contamination des cultures locales et l’érosion de la biodiversité agricole.
Une réponse politique : la loi sur la biosécurité
Conscient de ces enjeux, le gouvernement béninois a adopté une loi sur la biosécurité, votée le 4 janvier 2021 à l’Assemblée nationale. Composée de 98 articles répartis en huit chapitres, cette législation vise à encadrer strictement le transfert, la manipulation et l’utilisation des OGM issus de la biotechnologie moderne.La loi n°2021-01 s’attaque frontalement aux dangers liés à l’usage effréné des OGM dans l’agriculture, la médecine, l’élevage, l’industrie et même la transformation des déchets. Elle vise à « garantir un niveau adéquat de protection dans le domaine du transfert, de la manipulation et de l’utilisation des OGM », tout en protégeant la santé humaine et l’environnement.
Par cette loi, le Bénin se conforme enfin au Protocole de Cartagena, ratifié depuis 2005, sur la prévention des risques biotechnologiques. Elle vient également combler un vide juridique laissé par la loi n°2002-16 sur la faune, qui ne prenait pas en compte les risques liés aux biotechnologies modernes.
CalaviGen : la banque de gènes au cœur de la conservation des semences locales

Un acteur clé dans cette bataille pour la biodiversité est la banque de gènes CalaviGen, fondée en 2015 à l’Université d’Abomey-Calavi. CalaviGen abrite plus de 17 000 accessions de ressources génétiques, dont une large collection de légumes traditionnels, de céréales et de cultures orphelines. La banque joue un rôle primordial en conservant ces semences pour les générations futures, notamment à travers des projets de régénération financés par le Crop Trust et le World Vegetable Center. Grâce à ces initiatives, plus de 1 500 accessions sont désormais sécurisées dans le coffre-fort mondial de Svalbard.
Grâce à ces efforts, le Bénin garantit la pérennité de ses ressources génétiques, tout en continuant à soutenir les agriculteurs locaux dans leurs pratiques agricoles durables.