Les vaccins en Afrique ne rendent pas stérile ni malade : démystification d’une rumeur persistante

3 juillet 2024

Les vaccins en Afrique ne rendent pas stérile ni malade : démystification d’une rumeur persistante

Source : OMS

En 2023, lors d’un service religieux dans une église de Cotonou, un pasteur, en pleine prédication, a déclaré avec ferveur : « Ces vaccins sont un complot pour réduire la population africaine. Seul Dieu protège, pas ces produits chimiques ! » Des propos qui ont trouvé un écho chez plusieurs membres de l’assemblée. Une mère a même affirmé qu’elle préférait « laisser Dieu décider » plutôt que de faire vacciner son enfant. Cette scène marquante m’a fait prendre conscience du poids des rumeurs et de la désinformation sur les décisions de santé. Puis, en juin 2024, lors de la deuxième campagne de vaccination contre la poliomyélite lancée par le gouvernement béninois, j’ai discuté avec Aminatou, une jeune mère avec qui je vivais en colocation. « J’ai lu sur internet, et appris aussi dans la rue, que le vaccin rend stérile. Je ne veux pas prendre ce risque, » m’a-t-elle confié, expliquant que plusieurs femmes de son entourage l’avaient mise en garde contre l’infertilité supposée liée à la vaccination. Malgré mes efforts pour la rassurer, son hésitation persistait. « Et si jamais c’était vrai ? » m’a-t-elle demandé, illustrant ainsi la puissance de la peur face aux faits.

L’origine de la rumeur : un héritage de peur et de méfiance

La rumeur selon laquelle les vaccins seraient utilisés pour réduire la population africaine n’est pas nouvelle. En 2014, des évêques catholiques au Kenya ont prétendu avoir détecté des traces de l’hormone hCG dans des vaccins contre le tétanos, une substance supposée provoquer des fausses couches et entraîner la stérilité. Bien que cette affirmation ait été fermement démentie par des experts, elle a alimenté une méfiance persistante envers les campagnes de vaccination. Des accusations similaires ont émergé dans d’autres pays africains au cours des décennies précédentes, notamment au Mexique, en Tanzanie, au Nicaragua, et aux Philippines.L’un des épisodes les plus tragiques a eu lieu au Pakistan en 2012, où des rumeurs similaires concernant le vaccin contre la poliomyélite ont conduit à des attaques meurtrières contre des vaccinateurs, compromettant ainsi des efforts de santé publique cruciaux.

En 2003, au Nigéria, une campagne de vaccination contre la polio a été brusquement interrompue à cause d’une rumeur selon laquelle le vaccin rendrait les filles stériles ou leur transmettrait le VIH/sida. Ce rejet, selon une étude de Ghinai et al. (2013), était également alimenté par des motifs politiques, les populations du nord du pays refusant de se soumettre à des campagnes perçues comme imposées par le gouvernement central dominé par le sud chrétien.

Ce que dit la science : les vaccins sauvent des vies, ils ne causent pas de stérilité

Les vaccins subissent des protocoles scientifiques rigoureux avant leur approbation pour la mise sur le marché. Aucune étude sérieuse ne prouve que les vaccins affectent la fertilité. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) souligne que les vaccins ont permis de sauver plus de 51,2 millions de vies en Afrique au cours des 50 dernières années. En particulier, les campagnes de vaccination ont contribué à la réduction de la mortalité liée à la rougeole de 19,5 millions de cas.

De plus, les vaccins utilisés en Afrique sont les mêmes que ceux administrés dans les pays développés. Si ces vaccins étaient réellement dangereux, leur impact se ferait également sentir en Europe ou en Amérique du Nord, où les taux de vaccination sont élevés. Les données ne montrent aucune tendance alarmante concernant des effets négatifs sur la fertilité ou la santé en général.

Verdict final : FAUX

Il n’existe aucune preuve scientifique que les vaccins causent la stérilité ou servent à un contrôle démographique en Afrique. Au contraire, les vaccins jouent un rôle vital dans la protection de la santé publique et ont contribué à l’amélioration de la qualité de vie de millions d’Africains.

Le réflexe à adopter : se renseigner auprès des experts et des sources fiables

Avant de céder à la panique ou de croire à des rumeurs infondées, il est crucial de vérifier ses informations. Les rumeurs ne doivent pas dicter les décisions de santé. Il est essentiel de consulter des sources fiables telles que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou des autorités sanitaires locales. En vous appuyant sur ces experts, vous contribuez à protéger non seulement votre santé, mais aussi celle de votre communauté contre la désinformation.

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