La désinformation au Bénin : un défi croissant pour la cohésion sociale

7 mai 2025

La désinformation au Bénin : un défi croissant pour la cohésion sociale

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La circulation de fausses informations via les réseaux sociaux au Bénin suscite des inquiétudes. Entre rumeurs virales, peur collective et responsabilité des administrateurs de groupes, les autorités tentent d’apporter une réponse institutionnelle et éducative à ce phénomène.

Au Bénin, la désinformation s’installe à bas bruit, mais avec des effets dévastateurs. Loin d’être un phénomène anodin, elle fragilise la société de l’intérieur : elle crée la confusion, altère la confiance entre les citoyens et les institutions, et provoque parfois des réactions de panique. Un poison numérique, d’autant plus dangereux qu’il se dissimule derrière la banalité du quotidien.

Quand le faux prend le visage du vrai : le cas WhatsApp

L’un des épisodes les plus marquants de ces derniers mois illustre parfaitement cette dérive. Un message vocal, diffusé massivement sur WhatsApp, affirmait que les discussions politiques étaient désormais interdites dans les groupes de messagerie, sous peine de sanctions pour les administrateurs. L’audio, non signé, invoquait l’autorité du Centre national d’investigations numériques (CNIN) pour appuyer ses dires. Résultat : rumeurs en cascade, autocensure, et peur d’être poursuivi pour avoir simplement évoqué l’actualité politique.Pourtant, la réalité est toute autre. Dans une note relayée par les médias, le CNIN a rappelé que les administrateurs de groupes sont responsables des contenus partagés, notamment les fausses nouvelles et les propos haineux. Aucune interdiction de parler de politique. Le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, l’a confirmé le 30 avril 2025 : « Si vous êtes administrateur et que vous ne réagissez pas à des publications délictueuses, vous êtes complice, à tout le moins. » Mais la rumeur, elle, avait déjà semé la peur.

Une menace silencieuse

Au-delà de ce cas isolé, de nombreux contenus viraux circulent régulièrement dans l’espace numérique béninois. Les fausses informations ne sont pas uniquement le fruit de l’ignorance. Elles sont souvent construites pour manipuler les émotions : indignation, peur, colère. Sur TikTok, Facebook, YouTube, ou encore dans les conversations de rue, on voit apparaître de fausses alertes sécuritaires ou de coups d’État, des vidéos sorties de leur contexte, ou encore des rumeurs sur la santé publique ou sur des figures politiques. . Plus ces contenus sont relayés, plus ils prennent l’apparence de vérités.Dans les marchés, les taxis ou les salons de coiffure, ils se répètent jusqu’à s’imposer comme des évidences. Le mécanisme est bien connu : plus un mensonge est répété, plus il est cru. Comme le dit un adage : « À force de répéter le mensonge, il devient la vérité dans le cœur de l’ignorant. »

Dans certains cas, la désinformation devient un instrument politique ou géopolitique. Elle peut être utilisée pour affaiblir un régime, diviser l’opinion, ou détourner l’attention de sujets sensibles. Le Bénin, pays démocratique mais fragile, n’est pas à l’abri de ces stratégies insidieuses. Des influenceurs très suivis relaient parfois des contenus sans vérification, contribuant à la confusion générale.

Quelles ripostes ?

Pour répondre à cette situation, plusieurs actions ont été entreprises. Le cadre légal du numérique a été renforcé, et le CNIN multiplie les campagnes d’information à l’endroit des usagers. Des programmes de sensibilisation aux médias sont également mis en œuvre, bien que de manière encore limitée.

Les spécialistes estiment que la lutte contre la désinformation nécessite, au-delà de la régulation, une véritable éducation aux médias et à l’esprit critique. L’objectif est de permettre aux citoyens de distinguer une information fiable d’un contenu manipulé, d’identifier les sources et de développer des réflexes de vérification.

Dans un environnement où la rapidité de diffusion sur les réseaux sociaux dépasse souvent celle de la vérification, la question de la désinformation reste un enjeu majeur pour les autorités, les médias, les éducateurs et les citoyens.

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