Biofortification agronomique : une stratégie prometteuse pour enrichir les céréales et légumineuses en micronutriments essentiels en Afrique subsaharienne
Face aux carences nutritionnelles qui touchent des millions de personnes en Afrique subsaharienne, une équipe de chercheurs propose une piste innovante : la biofortification agronomique. Il s’agit d’un ensemble de pratiques agricoles visant à enrichir les cultures en micronutriments essentiels comme le fer, le zinc, le calcium et le magnésium.
Dans une étude publiée en 2024 dans Current Research in Food Science, les chercheurs Nicodème V. Fassinou Hotegni, Fernand S. Sohindji, Mouizz A.B. Salaou, Pinawè C. Agbandou, Léocade W.S. Azonhoumon, Dèdéou Tchokponhoué, Carlos Houdegbe, Charlotte A.O. Adjé et Enoch G. Achigan-Dako ont analysé les meilleures options disponibles pour améliorer la qualité nutritionnelle des céréales (maïs, riz) et des légumineuses (niébé, voandzou, haricots mungo, etc.).
Comprendre les enjeux nutritionnels
Le fer, indispensable à la division cellulaire et au transport de l’oxygène, le zinc, crucial pour l’immunité, ainsi que le calcium et le magnésium, essentiels aux fonctions physiologiques humaines, sont souvent déficients dans les régimes alimentaires d’Afrique subsaharienne. Cette carence en micronutriments aussi appelée « faim cachée » affecte la santé, la productivité et le développement cognitif des populations.
Face à cette problématique, la biofortification agronomique apparaît comme une réponse innovante, durable et complémentaire aux autres stratégies nutritionnelles.
Quatre techniques clés pour enrichir les cultures
L’étude publiée dans Current Research in Food Science identifie quatre grandes techniques exploitables pour enrichir les cultures vivrières.
- L’association culturale, qui combine céréales et légumineuses pour favoriser l’absorption des nutriments.
- Les bioinoculants, des micro-organismes bénéfiques qui stimulent la nutrition des plantes.
- L’amorçage des semences, une technique qui consiste à enrichir les graines avant la plantation.
- Les pulvérisations foliaires, qui permettent une absorption rapide des nutriments par les feuilles.
Ces méthodes offrent des résultats encourageants, tant sur le plan des rendements que sur la qualité nutritionnelle des récoltes.
Des défis à surmonter
Malgré leur efficacité démontrée, ces pratiques agronomiques peinent à être largement adoptées en Afrique subsaharienne. Les chercheurs pointent trois freins majeurs : le manque d’accès aux engrais enrichis, un déficit de sensibilisation et de formation des producteurs ainsi que des contraintes économiques notamment pour les petits exploitants.
Pour contourner ces obstacles, l’étude propose des approches agroécologiques basées sur des ressources locales comme le thé de compost, le fumier organique, les résidus végétaux, l’utilisation d’engrais enrobés de micro-organismes bénéfiques et la promotion de systèmes de culture intensifs et intégrés, reposant sur l’association céréales-légumineuses.
Ces stratégies s’inscrivent dans une dynamique de souveraineté alimentaire et de résilience face aux changements climatiques.