Bénin : l’usage abusif des antibiotiques en aviculture accélère la résistance anti microbienne
Une enquête menée auprès d’éleveurs de volailles au Bénin révèle une réalité préoccupante : l’usage massif et souvent incontrôlé des antibiotiques dans les fermes avicoles. Une pratique qui, à terme, menace non seulement la santé des animaux mais aussi celle des consommateurs.

Au total, 50 éleveurs membres du forum WhatsApp « Ferme Boutique » ont été interrogés en juillet 2025. Les résultats montrent que 74 % administrent les antibiotiques sans prescription vétérinaire et que 64 % n’ont jamais entendu parler de la RAM, tandis que 80 % ignorent la notion de délai de retrait. Un éleveur de So-ava a confié : « Je n’ai jamais entendu parler de résistance. Je donne les médicaments jusqu’à ce que l’animal guérisse. Je ne sais pas s’il faut attendre avant de manger. »
Au-delà des antibiotiques, les antimicrobiens et la RAM
Les antimicrobiens sont des médicaments utilisés pour traiter les infections causées par des bactéries, virus, champignons ou parasites. Parmi eux, les antibiotiques sont les plus connus car ils agissent contre les bactéries. Mais leur mauvaise utilisation favorise la résistance aux antimicrobiens (RAM). Ce phénomène survient lorsque les bactéries, virus, champignons et parasites évoluent et ne répondent plus aux traitements, rendant les infections difficiles, voire impossibles à traiter. Cette évolution accroît le risque de propagation des maladies et de formes graves, et met en danger la santé publique mondiale (OMS, 2021). Selon l’OMS, si aucune mesure n’est prise, la RAM pourrait causer jusqu’à 10 millions de décès par an d’ici 2050. L’organisation rappelle que l’émergence et la dissémination de bactéries résistantes constituent « une menace croissante pour la santé publique dans le monde, nécessitant de prendre des mesures dans tous les secteurs et à l’échelle de la société tout entière » (OMS, 2016).
Une menace pour l’homme, l’animal et l’environnement

Chez les volailles et autres animaux d’élevage, l’usage excessif d’antibiotiques entraîne l’apparition de souches bactériennes résistantes, rendant le traitement des maladies animales plus complexe. Les antimicrobiens utilisés se retrouvent dans l’environnement surtout les sols et les eaux via les fientes et déchets agricoles, favorisant la sélection de bactéries résistantes dans l’environnement. Ce phénomène crée un cycle où la résistance peut se propager à d’autres animaux, plantes et humains, amplifiant le problème à l’échelle écologique et sanitaire.
Chez l’humain, la RAM compromet l’efficacité des traitements contre des infections courantes (pneumonies, infections urinaires, certaines maladies infantiles) et rend certaines interventions médicales plus risquées, comme les chirurgies lourdes, la chimiothérapie ou les transplantations (OMS, 2021). Chaque année, des milliers de patients pourraient voir leurs infections devenir difficiles à traiter, entraînant un risque accru de complications graves et de décès. Des données récentes montrent des taux élevés de résistance à des antibiotiques clés : E. coli résistant aux céphalosporines de troisième génération (36 %), Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (12,11 %), et Klebsiella pneumoniae résistante aux carbapénèmes dans de nombreux pays (OMS, 2021). La résistance s’étend également aux virus (VIH et antirétroviraux), aux parasites (Plasmodium falciparum) et aux champignons (Candida auris), entraînant des traitements plus coûteux, plus longs et moins efficaces.
Former, encadrer et sensibiliser les éleveurs
La FAO et l’OMS insistent fortement sur la régulation de l’usage vétérinaire des antimicrobiens, le secteur agricole jouant un rôle central dans la propagation des bactéries résistantes (FAO & OMS, 2019). Face à cette situation, des mesures urgentes s’imposent :
- Sensibiliser les éleveurs à l’usage responsable des antimicrobiens.
- Mettre en place des protocoles vétérinaires stricts et des formations sur la RAM.
- Renforcer la réglementation sur la vente et l’utilisation des antimicrobiens.
« Une seule santé » : agir ensemble pour protéger l’avenir
La résistance aux antimicrobiens est un problème complexe nécessitant une approche multisectorielle coordonnée. L’approche « Une seule santé » rassemble de multiples secteurs et parties prenantes impliqués dans la santé des êtres humains, des animaux, des végétaux, ainsi que dans les secteurs de la production alimentaire et de l’environnement. L’objectif est qu’ils communiquent et travaillent ensemble à la conception et à la mise en œuvre de programmes, de politiques, de législation et de recherches pour obtenir de meilleurs résultats pour la santé publique (OMS, 2021).