Automédication et recours tardif aux soins : comment les adultes béninois gèrent le paludisme au quotidien
Le paludisme continue de peser lourdement sur la santé publique au Bénin. Si les campagnes nationales insistent depuis des années sur la protection des enfants de moins de cinq ans et des femmes enceintes, les adultes restent les grands oubliés des politiques de prévention et de prise en charge. Une enquête journalistique menée à Dekanmey, arrondissement de la commune de So-Ava, vient lever le voile sur les pratiques réelles des populations adultes face à cette maladie endémique.

Selon l’enquête menée auprès de 50 adultes, 68 % des personnes interrogées commencent par acheter directement des médicaments antipaludiques dès l’apparition des premiers symptômes. Ce réflexe d’automédication traduit une méfiance ou une lassitude vis-à-vis des structures sanitaires, mais aussi une recherche de solution rapide et bon marché. Un participant confie : « Quand la fièvre commence, je vais d’abord acheter les comprimés chez la vendeuse du quartier. Si ça ne passe pas, je vais à l’hôpital. »L’étude révèle également que 20 % des adultes privilégient les décoctions et infusions de plantes locales, perpétuant des pratiques traditionnelles profondément ancrées dans la culture béninoise. Pour certains, c’est une alternative économique ; pour d’autres, un moyen de compléter les traitements modernes. Comme le résume une femme de 28 ans interrogée : « Ça vient chaque année, on gère ça comme on peut. »Seulement 12 % des personnes interrogées se rendent directement dans un centre de santé dès l’apparition des symptômes. La majorité attend que la fièvre persiste avant de consulter, souvent après plusieurs jours. Cette tendance retarde le diagnostic et compromet l’efficacité du traitement par les ACT (thérapies combinées à base d’artémisinine), recommandés par le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP).Ces pratiques ne sont pas sans conséquence. L’automédication et l’usage approximatif des médicaments exposent les malades à des complications graves. Le recours tardif aux soins médicaux, combiné à la persistance de la phytothérapie, risque également d’augmenter la résistance aux antipaludiques.