Abandon parental à Cotonou : quand des enfants deviennent les otages du désengagement parental

L’affaire d’un père poursuivi pour abandon de ses responsabilités parentales a enflammé Facebook. Entre colère, compassion et plaidoyers pour une lecture équilibrée, les internautes béninois se sont exprimés massivement.
Le mardi 22 avril, un père comparaissait devant le Tribunal de première instance de Cotonou. Selon l’acte d’accusation lu à l’audience, il aurait cessé de subvenir aux besoins de son enfant depuis plusieurs mois, laissant la mère seule face aux charges du quotidien. Un comportement que le ministère public n’a pas hésité à qualifier de « profondément irresponsable ». « L’obligation de subvenir aux besoins de son enfant est un devoir légal et moral inaliénable », a martelé le procureur, appelant à une décision exemplaire pour rappeler aux parents leurs obligations fondamentales.
Un phénomène qui prend de l’ampleur
Cette affaire met en lumière une réalité de plus en plus fréquente dans les juridictions béninoises. Si l’audience a été renvoyée au 27 mai, sur les réseaux sociaux, le procès a déjà eu lieu. Facebook s’est enflammé, révélant les failles d’un modèle parental en crise.
Parmi les premières voix à s’indigner, celle de Suzanne : « C’est quand même méchant d’abandonner son sang. Fuir sa responsabilité de père, c’est inacceptable. Il doit être puni. » D’autres, comme M. Gankpin, témoignent d’une situation qui dépasse les cas isolés : « J’ai un cas en main : cinq enfants abandonnés par leur père et leur mère depuis plus de deux ans. C’est un phénomène qui prend de l’ampleur. » Mais tous ne partagent pas cette indignation.
Certains plaident pour plus de nuance, à l’image de Modeste : « La majorité s’acharne contre le mis en cause sans chercher à savoir la situation qu’il vit. Peut-être qu’il a perdu son emploi dans cette vague de licenciement. C’est facile de juger. »
Que dit la loi béninoise ?

Au Bénin, l’abandon parental est puni par la loi n°2018-16 du 28 décembre 2018 portant Code pénal, notamment à son article 603. « Le père ou la mère de famille qui abandonne, sans motif valable, pendant plus de deux (02) mois la résidence familiale et se soustrait à tout ou partie des obligations d’ordre moral et matériel de l’autorité parentale ou de la tutelle légale est puni d’une peine d’emprisonnement de trois mois à un an et d’une amende de 50 000 à 250 000 francs CFA. »
Cette disposition protège les enfants contre le désengagement des parents, qu’il soit volontaire ou motivé par des conflits conjugaux. La loi est claire : la parentalité ne s’abandonne pas. Elle va jusqu’à punir l’abandon d’une épouse enceinte sans motif valable, et couvre toutes les charges liées à l’entretien des enfants : santé, scolarité, habillement, etc.
En attendant le verdict du 27 mai, beaucoup espèrent une décision qui allie rigueur et humanité. Car derrière chaque dossier d’abandon parental, ce sont des enfants qui trinquent : déscolarisation, malnutrition, instabilité affective.