Le zansukpèman, une alternative naturelle aux pesticides

Article : Le zansukpèman, une alternative naturelle aux pesticides
Crédit: Mesosphaerum suaveolens. Crédit : Wikipédia
20 septembre 2024

Le zansukpèman, une alternative naturelle aux pesticides

L’agriculture mondiale est confrontée à un défi de taille : la lutte contre les ravageurs et les maladies qui compromettent les rendements des cultures. Face à cette menace, le recours massif aux pesticides chimiques est devenu monnaie courante, avec des conséquences préoccupantes sur la santé humaine et l’environnement. Pourtant, des solutions naturelles, plus respectueuses des équilibres écologiques, commencent à émerger. Parmi elles, le zansukpèman, une plante aromatique aux multiples vertus, attire l’attention de la communauté scientifique.

L’usage intensif des pesticides de synthèse pose un double problème. Sur le plan sanitaire, il expose les consommateurs à des résidus toxiques dans les produits agricoles. Sur le plan environnemental, il menace la biodiversité, contamine les sols et les eaux, et altère les écosystèmes agricoles. À l’heure où les politiques publiques s’orientent vers une alimentation saine et durable, la recherche d’alternatives naturelles devient urgente.

Une solution venue de la nature : le zansukpèman

Le zansukpèman, encore appelé gros baume (Mesosphaerum suaveolens), est une plante aromatique sauvage appartenant à la famille des Lamiacées. Utilisée traditionnellement dans la pharmacopée africaine, elle possède également des propriétés intéressantes pour l’agriculture. Son huile essentielle, riche en composés bioactifs, présente des effets insecticides, fongicides, acaricides, herbicides et nématicides.

Ces propriétés ont été récemment mises en lumière par une équipe de chercheurs composée d’Armel Frida Dossa, Nicodéme V. Fassinou Hotegni, Sognigbé N’Danikou, Eléonore Yayi-Ladekan, Charlotte A. O. Adjé, Latifou Lagnika, Aimé H. Bokonon-Ganta et Enoch G. Achigan-Dako. Dans une étude scientifique publiée en 2024 dans Frontiers in Plant Science, ces chercheurs démontrent que l’huile essentielle de M. suaveolens constitue une piste sérieuse pour la protection biologique des cultures.

Une plante aux multiples avantages

Selon cette étude scientifique, le principal atout du zansukpèman réside dans sa polyvalence. Grâce à son effet répulsif contre de nombreux insectes, il permet non seulement de lutter contre les infestations, mais aussi de les prévenir. Ses propriétés fongicides et nématicides en font une solution prometteuse pour gérer durablement les maladies des plantes et les ravageurs du sol. Intégrée à une stratégie de gestion intégrée des ravageurs (GIR), cette plante pourrait considérablement réduire la dépendance aux produits chimiques.

Par ailleurs, en tant que produit naturel, le zansukpèman ne présente pas les mêmes risques de toxicité que les pesticides de synthèse. Il s’inscrit ainsi dans une démarche d’agroécologie, respectueuse de la santé humaine et de l’environnement.

Une huile encore absente du marché agricole

Malgré son potentiel, l’huile essentielle de zansukpèman reste difficilement accessible aux producteurs. Sa commercialisation reste marginale, freinée par l’absence d’unités de production à grande échelle, le manque d’initiatives d’extraction optimisée et le déficit de sensibilisation des agriculteurs.

Les chercheurs appellent donc à une valorisation accrue de cette plante, à travers le développement de filières locales d’extraction, la vulgarisation des résultats de la recherche et l’intégration du zansukpèman dans les politiques de promotion de l’agriculture biologique.

Vers une agriculture plus durable

À l’heure des crises climatiques et sanitaires, l’agriculture se doit de repenser ses pratiques. Le zansukpèman, en tant qu’alternative biologique aux pesticides chimiques, offre une piste concrète pour une production agricole saine, durable et respectueuse des ressources naturelles.L’étude pilotée par Dossa et al. s’inscrit dans cette vision. Elle rappelle qu’une transition vers des modèles agricoles durables est non seulement souhaitable, mais possible, à condition d’investir dans la recherche et l’innovation locale.

Pour en savoir plus

Consultez l’étude complète sur Frontiers in Plant Science.

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